Voici aujourd'hui le troisième opus de la série "tutoriels" sur mon blog ! Celui consacré aux savons liquides à la potasse...
Ca vous intéresse ? Vous êtes prêts ? On y va...

Tous les vrais savons, qu'ils soient liquides ou solides, sont le fruit de la réaction entre une solution alcaline (la soude caustique ou la potasse) et des corps gras. La potasse est bien plus soluble que la soude caustique, et forme moins de cristaux ; ce qui lui permet de produire des savons liquides et transparents (plus ou moins selon les huiles utilisées et les ajouts).

La recette :

Les huiles :

Si vous souhaitez fabriquer des savons totalement transparents, privilégiez l'huile de coco et l'huile de ricin. L'huile de coco est riche en acide laurique, particulièrement soluble, et l'huile de ricin est riche en acide ricinoléique, qui produit de l'alcool et rend donc l'huile de ricin particulièrement soluble elle aussi. Un savon fabriqué avec ces deux seules huiles sera totalement transparent. Il sera également relativement liquide, ces huiles étant hautement solubles, elles ne donneront pas de "corps" au savon.

Pour donner un peu de corps au savon, on peut utiliser des huiles et beurres riches en acide palmitique ou stéariques, comme l'huile de palme ou le beurre de cacao. A trop haute concentration, ils rendront le savon opaque, par contre. Tout dépend de ce que vous souhaitez !

Vous pouvez également jouer sur la couleur des huiles que vous ajouterez pour colorer naturellement votre savon. Ainsi l'huile d'avocat ou de chanvre donneront un savon vert. L'huile de soja un savon ambré. Attention, plus votre huile est riche en insaponifiables (comme l'huile d'avocat) moins votre savon sera transparent. Choisissez de préférence des huiles résistantes au rancissement ou ajoutez un anti-oxydant.

Autrement, les caractéristiques des huiles dans les savons liquides sont les mêmes que pour les savons solides à la soude. Je vous renvoie sur le tableau de propriété des huiles, que je vous avais mis dans mon tutoriel pour fabriquer des savons à la soude.

Les calculateurs :

Comme pour les savons fabriqués à la soude, chaque beurre ou huile nécessite une quantité différente d'eau et de potasse pour être transformé en savon, selon son indice de saponification. Afin de calculer l'eau et la potasse dont vous aurez besoin en fonction de votre recette, il vous faut un calculateur. J'utilise personnellement celui de Snowdrift Farm Soap pour les savons liquides, qui a l'avantage de proposer une option intéressante : pour épaissir votre savon, vous pouvez faire votre solution alcaline avec un mélange de potasse et de soude caustique, et ce calculateur vous propose le calcul tout prêt !!  Edit : mince ce site ne fonctionne plus ! On peut utiliser The Sage pour le calcul de la potasse (bien cocher la case KOH, mettre le calcul en grammes et rentrer le poids des huiles utilisées et non les pourcentages).

Pour fabriquer des savons à la soude, on "surgraisse" la recette, c'est à dire qu'on met plus d'huile que la solution de soude ne peut saponifier, ainsi on est sûr que dans le produit final il ne reste pas de soude. Pour les savons à la potasse, c'est différent. Le surgraissage est généralement nul, ou très faible. C'est lors de la dissolution du savon que l'éventuel excès de potasse sera neutralisé, avec l'ajout de certains ingrédients. Certains préconisent même de sous-graisser légèrement le savon, afin d'avoir une meilleure transparence et une saponification plus rapide (ce que je ne fais personnellement pas).

Si vous voulez obtenir un savon vraiment transparent, utilisez de l'eau distillée à la fois pour dissoudre la potasse puis plus tard pour diluer la pâte à savon. L'eau du robinet contient des minéraux qui pourraient compromettre la transparence.

Les ajouts :

Une fois le savon fait (on verra la méthode un peu plus bas), on peut faire quelques ajouts, au choix pour adoucir le savon, lui donner une fonction précise ou le rendre plus transparent.

Les "neutraliseurs" : afin de neutraliser l'éventuel excès de potasse dans le savon final, plusieurs solutions s'offrent à nous. Soit le borax (qui permet en plus d'épaissir le savon et de lui donner une texture gel, sans pour autant compromettre sa clareté). Etant donné les controverses sur ce produit, je ne l'utilise pas. Soit (et c'est la solution que je choisis), l'acide citrique. 500g de pâte à savon nécessite un peu moins de 25g de solution d'acide citrique à 20% (dissoudre 20% d'acide citrique dans 80% d'eau chaude).

L'alcool, la glycérine ou le sucre (dilué dans de l'eau), en tant que solvants, permettent de rendre le savon plus transparent et d'accélérer la saponification.

Enfin, à l'instar des savons à la soude, tous les ajouts sont imaginables. Avec un avantage certain : le processus de saponification étant complet quand on procède aux ajouts et l'excès éventuel de potasse étant neutralisé, ceux-ci ne sont pas abimés. Ainsi, les huiles essentielles gardent leurs vertus. Moins de fragrance ou d'huiles essentielles sont nécessaires pour parfumer le savon. On peut utiliser des colorants alimentaires pour colorer, sans craindre que ceux-ci réagissent et changent de couleur, etc...

La méthode :

Pour fabriquer un savon liquide à la potasse, avec la méthode de la mijoteuse, vous aurez besoin de tout le matériel que vous utilisez en savonnerie à froid à la soude (c'est à dire des contenants en pyrex et un mixeur plongeant), PLUS évidemment... Une mijoteuse !!

Une fois que vous avez préparé votre recette, et que vous avez protégé vos yeux, vos vêtements et vos mains, voici les étapes que vous devrez suivre :

Au début tout se passe comme la méthode de saponnification à froid avec la soude :

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Verser la potasse dans l'eau (et non l'inverse !!). La potasse fait un peu de bruit en se dissolvant, elle peut aussi frémir un peu, ne soyez pas surpris.

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Faire fondre les beurres au bain marie (ou au micro-ondes), puis hors du feu ajouter les huiles fluides aux beurres fondus.

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Verser la solution de potasse dans les huiles et mixer au mixeur plongeant jusqu'à atteindre une trace franche (au moins comme sur la photo). Attention, cela mettra probablement plus de temps qu'avec la soude. On peut faire des pauses (pour ne pas tuer son mixeur) et revenir mixer encore un peu plus tard.

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Quand la trace est atteinte, verser le mélange dans la mijoteuse et mettre en position "high" pendant 1 heure puis "low" pendant 4 heures. Couvrir et mélanger régulièrement (du moins tant que la pâte n'est pas trop dure !) pour éviter que le savon ne brûle.

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Au fur et à mesure, la pâte va changer d'aspect. Elle va devenir épaisse et coller à la cuillère...

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Puis de plus en plus dure (celà dépend des huiles utilisées aussi. Ici, un 100% coco, la pâte devient vite très dure !).

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Au bout de ces 5 heures de cuisson, la pâte prend un aspect translucide. Le stade "vaseline" est atteint !

A ce stade, au choix : où on dilue immédiatement le savon, où on le met de côté quelques jours / semaines. Je trouve que cette dernière option facilite grandement l'étape de la dilution.

Pour vérifier que votre savon est prêt à être dilué, prélevez un peu de pâte et mettez-là dans un peu d'eau. Si la pâte se dissout facilement et que le résultat est transparent, tout va bien, en revanche, si le résultat est laiteux, il manque probablement encore un peu de cuisson.

Calculer le poids de liquide dont aura besoin votre savon pour être dilué peut s'avérer être un vrai casse-tête... Plus les beurres et huiles utilisées seront solubles (comme la coco ou le ricin), plus le savon pourra être concentré sans redevenir une pâte.
Pour calculer le liquide nécessaire pour diluer la pâte à savon, il faut calculer le poids du "savon de base" : on ajoute le poids des huiles et beurres utilisés avec le poids de la potasse utilisée dans la recette, mais sans compter l'eau de dissolution de la potasse.
Pour diluer un savon 100% coco ou coco et ricin, on compte environ 60% de liquide pour 40% de "savon de base". Si le savon est formulé avec d'autres huiles, il aura tendance à figer plus facilement. On compte alors 75 à 80% de liquide de dilution pour 20 à 25% de "savon de base". Pour un mélange coco / autres huiles, il faudra compter entre 65 et 75% de liquide pour 25 et 35% de "savon de base".

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Mettre le liquide à chauffer dans la mijoteuse. Le savon se dissout plus facilement dans de l'eau bouillante, et encore plus facilement s'il s'est reposé quelques jours / semaines avant la dissolution.
Ajouter le savon petit bout par petit bout et mélanger. Si tout ne fond pas immédiatement, mettre le couvercle et laisser chauffer un peu, puis revenir touiller pour finir la dissolution.

Pour épaissir un savon (lui donner une texture gel), comme pour le rendre plus transparent, on peut le dissoudre dans un mélange d'eau et de glycérine. Le savon sera plus concentré, sans pour autant redevenir pâteux et en ayant une texture gel. Pour 450g de "savon de base" (gras + potasse sèche, voir calcul du "savon de base" plus haut) utiliser 55g d'alcool et 110 g de glycérine. Faire chauffer le tout dans la mijoteuse jusqu'à dissolution complète (celle-ci sera possible et facile même à cette concentration, grâce à l'alcool et à la glycérine qui jouent le rôle de dissolvant). Il faudra probablement ajouter un peu d'alcool pour compenser la perte par évaporation. Puis diluer le tout dans 170g d'eau. Tester en laissant refroidir une goutte du mélange (recouverte pour éviter l'évaporation). Si l'échantillon est trop épais une fois refroidi, ajouter un peu d'eau. S'il ne l'est pas assez, laisser chauffer encore un peu.
On peut également épaissir le savon à la fin avec un peu de xanthane (mais c'est moins efficace)...

Une fois la dissolution finie, on neutralise le savon à l'aide de la solution d'acide citrique à 20%, toujours à chaud (voir les proportions indiquées plus haut). Inutile d'essayer de faire baisser le PH pour arriver à un PH neutre, cela rendrait le pouvoir lavant du savon nul (déjà testé pour vous...). Le PH d'un savon neutre à la potasse se situe entre 9,5 et 10...

Juste après la neutralisation, on peut procéder aux autres ajouts. Idéalement, ils se feront à chaud (sauf pour les ingrédients trop fragiles évidemment), pour mieux se dissoudre dans le savon. L'emploi d'un conservateur n'est pas forcément nécessaire, car les bactéries ne survivent pas dans un milieu basique comme celui du savon ; néanmoins, par mesure de précaution, j'en mets parfois (surtout quand j'ajoute des ingrédients fragiles, comme du lait).
Si on souhaite surgraisser le savon pour le rendre plus doux, et qu'on souhaite néanmoins conserver un aspect transparent, on peut utiliser des huiles hydrolosubles, comme l'huile de ricin sulfatée par exemple.

Une fois les ajouts faits, on "séquestre" le savon pendant une semaine (ce qui correspond au temps de cure pour les savons à la soude) puis on filtre l'éventuel dépôt qui s'est constitué en surface et on le transvase dans son contenant. Ca y est le savon est enfin prêt !!

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A vos chaudrons !