Après deux mois d'abstinence pendant l'été, j'ai proposé en septembre à mes collègues un nouvel atelier, sur la fabrication de savon. C'est un des ateliers que j'attendais avec impatience, tant je trouve ce sujet passionnant. J'ai l'impression que mes collègues qui ont suivi cet atelier ont bien aimé participer et ont également trouvé que c'était intéressant.

Voici les informations que j'ai données lors de cet atelier :

Qu’est-ce qu’un savon ?

Un savon est le produit d'une réaction chimique entre des acides gras, d'une part et une solution alcaline d'autre part. En mélangeant des huiles et beurres (composés d’acides gras estérifiés, c'est à dire combinés avec un alcool, le glycérol) avec une solution alcaline (soude caustique ou potasse diluées dans de l’eau), on obtient un savon naturellement riche en glycérine (minimum 5%), un agent humectant bon pour la peau.

Pour réaliser un pain de savon dur, on utilise de la soude caustique pour faire la solution alcaline. Pour réaliser du savon liquide, on utilise de la potasse.

Voici comment on peut écrire le processus de saponification :

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On retrouve des sels de sodium et d'acide gras (R-COO-Na), c'est à dire des savons, + du glycérol (le même qu'on emploie en cosmétique sous le nom de glycérine). Mais on ne trouve plus de soude ! L’alcali (soude caustique ou potasse) n’est pas ici un ingrédient du savon, mais un réactif de fabrication ; comme la totalité de la solution alcaline a réagi avec les acides gras, le savon final n’en contient plus.

Les sels de sodium et d'acides gras, constituants naturels des savons, correspondent aux noms des ingrédients que l'on trouve indiqués sur les emballages des savons : sodium oleate, sodium palmitate, sodium linoléate...

Si on met moins de solution alcaline que nécessaire pour saponifier l’ensemble des corps gras utilisés dans la recette, il reste alors un peu de ces corps gras dans le savon final : on obtient ainsi un savon dit « surgras », riche en glycérine ET en corps gras. Encore plus doux pour la peau, il préserve totalement le film hydrolipidique présent naturellement sur la peau et qui la protège !

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La soude caustique, c’est quoi ? Comment est-elle obtenue ?

La soude caustique ou hydroxyde de sodium s’écrit NaOH en chimie. C’est un solide ionique très corrosif au PH très élevé.

Autrefois, la soude caustique était obtenue par l’addition de chaux à de la « lessive de soude ». Cette « soude » (carbonate de sodium, Na2CO3, à ne pas confondre avec la soude caustique) était obtenue par l’incinération de certaines plantes riches en sel marin, comme la salicorne par exemple (alors que les cendres de la plupart des autres plantes contiennent plutôt de la potasse, comme la fougère ou le lierre, par exemple). On faisait ensuite une décoction de ces cendres, que l’on filtrait pour obtenir ce qu’on appelait une « lessive de soude ».
La soude obtenue par cette méthode n'était pas très concentrée, aussi, lorsqu'elle était mélangée aux huiles pour fabriquer des savons, il fallait longtemps chauffer et remuer ce mélange pour qu'il prenne et puisse enfin être versé dans des moules (parfois plusieurs jours).

photo-salicorne(la salicorne)

La quantité de plantes nécessaires pour obtenir de la soude était telle que ce procédé n’était pas très économique. On a donc cherché à obtenir cette soude caustique par d’autres moyens (d’abord directement avec de l’eau de mer, avec le procédé Leblanc en 1789, puis à partir de sel et de craie, avec le procédé Solvay en 1861). Depuis l’invention de l’électricité, on obtient de la soude caustique par électrolyse du chlorure de sodium (le sel). Plusieurs procédés existent : celui par lequel la grande majorité de la soude caustique est produite, l’électrolyse avec cathode de mercure, est un procédé polluant, qui rejette du mercure dans l’environnement… Les sociétés européennes se sont engagées à le faire disparaître à l’horizon 2020 en le remplaçant par un autre procédé non polluant, l’électrolyse à membranes.

perles10(soude caustique en perles)

Pour aller plus loin :

http://plozevet.hypotheses.org/4312
http://fr.wikipedia.org/wiki/Hydroxyde_de_sodium

Pourquoi ça lave un savon ?

Le savon n’est pas soluble dans l’eau ou dans l’huile (si on fait fondre du savon dans de l’eau ou dans de l’huile on obtient une solution micellaire, c'est-à-dire que l’eau contiendra des micelles de savon et l’huile des micelles inversées). Par contre, il est amphiphile, c'est-à-dire qu’il se place à l’interface de la phase aqueuse et de la phase huileuse non miscibles entre elles. Il a donc un pouvoir émulsifiant. Ainsi, le savon mélangé à l’eau solubilise la graisse présente naturellement sur la peau en formant une micro émulsion, et les saletés qu’elle contient sont éliminées avec elle au rinçage.

Pour aller plus loin :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Savon

Savons industriels versus savons naturels :

Les savons sont utilisés depuis la nuit des temps (ou quasi) pour la toilette, la lessive, tout ce qui est lavage… Pourtant, on voit de plus en plus fleurir partout des gels douche, des « savons sans savon », des syndets ou pains dermatologiques… Le tout composé d’ingrédients issus de la pétrochimie dont on n’a pas forcement évalué l’impact sur le corps ou la planète. Comme si le savon était à éviter absolument ou à n’utiliser que pour le ménage. Il faut dire qu’il a acquis une bien mauvaise réputation : il assècherait et irriterait la peau...

L’explication tient dans son mode de fabrication industrielle. La technique de saponification à froid (que les vrais savonniers artisanaux et les amateurs pratiquent) ne peut être utilisée pour de grandes quantités de savon, car la pâte figerait trop rapidement. D’où un problème de coût pour la fabrication de masse…. Pour assouplir la pâte, les industriels rajoutent de l’eau. Mais cette opération « lave » la pâte à savon et enlève la glycérine naturellement présente dans le savon. La glycérine est un agent adoucissant et humectant qui protège la peau. Elle est du coup revendue à part pour être intégrée éventuellement dans d’autres produits cosmétiques. Et les savons ainsi obtenus, sans glycérine, sont décapants et irritants… Ils contiennent en outre souvent des additifs toxiques (EDTA, tétrasodium glutamate diacetate, GHT). Contrairement aux savons obtenus par la méthode de saponification à froid !

savon_froid

J’ai évoqué tout à l’heure les « vrais » savonniers artisanaux… Pourquoi ? Parce que la plupart des savonneries dites artisanales que l’on peut trouver n’utilisent pas non plus cette méthode de fabrication de savon. Ils utilisent de la pâte à savon industrielle déglycérinée, qu’on appelle bondillon. Ils incorporent effectivement à la main des additifs de leurs choix (lait de chèvre, beurre de karité, colorant, parfum ou huiles essentielles etc…) aux copaux de bondillon, qui passent dans une extrudeuse, une machine qui chauffe, fait fondre et mélange tout ça pour le transformer en pâte, qui sort en boudin qu’il suffit de couper et mouler ou tamponner. Les huiles sont alors chauffées, ce qui peut les altérer.

Comment être sûr d’acheter un vrai savon artisanal, fabriqué avec la méthode de saponification à froid ? Il suffit de questionner le fabriquant. On peut aussi se fier à un logo « SAF » qui signifie « saponification à froid » (mais il n’est pas utilisé par tous les fabriquants de savons à froid).

Pour aller plus loin :

http://www.soapacadabra.fr/archives/2012/05/28/24362988.html
http://byswanee.blogspot.fr/2010/03/fabrication-industrielle-du-savon.html
http://www.coutumes-et-traditions.fr/vieux-metiers/le-savonnier/

Une recette de savon naturel :(250g d’huiles :)

25% huile de coco (62,5g)
75% huile d’olive (187,5g)
soude caustique (surgraissage à 10%) (33,2g) : à recalculer nécessairement si on utilise d'autres huiles ou d'autres quantités !!
eau (95g)
Huile essentielle ou fragrance (facultatif) (7,5g) (3% du poids des huiles)
Colorants naturels (facultatifs) : mica, cacao, huiles colorées (comme buriti), etc…

Mode d’emploi :

Voir mon tutoriel sur la méthode de saponification à froid.

Atelier savon

Atelier savon 2

Atelier savon 3

Petit zoom sur les ingrédients :

L’huile d’olive (dénomination INCI : Olea europaea fruit oil). Obtenue par pression à froid de sa pulpe et non de ses noyaux, l'huile d'olive est une des huiles les plus riches en acide oléique (oméga 9). Nourrissante, adoucissante et émolliente, on retrouve l'huile d'Olive dans la composition des traditionnels savons d'Alep et de Marseille. Excellent agent cicatrisant, elle est dotée d'une concentration non négligeable en insaponifiables (environ 1 à 2 %) qui lui offrent des vertus antioxydantes, apaisantes et protectrices face aux méfaits du temps et du soleil.

L’huile de coco (dénomination INCI : Cocos nucifera oil). Très riche en acide laurique, cette huile favorise l’abondance de la mousse dans les savons. Elle confère également aux savons une bonne dureté et un pouvoir lavant élevé. Utilisée dans les autres produits cosmétiques, elle est très nourrissante et prévient le dessèchement de la peau.

DSC02950(Un savon réalisé par une participante à l'atelier :) Il est beau hein ??!!)