Mais qu'est-ce que c'est que ce titre barbare ?? Qu'est-ce qu'elle nous écrit là, Sealeha ? Ca y est, elle a versé du côté obscur, elle est folle...

Vous voulez la vérité ? Moi-même parfois, en me regardant expérimenter dans ma cuisine, je me fais l'effet d'une démente !

Bon, je suis d'avance désolée pour cet article pas méga fun, avec peu de photos et des termes scientifiques dedans... Mais si vous vous intéressez à la cosmétique maison, il est possible qu'il vous intéresse tout de même :)

Il y a quelque temps, je suis tombée sur le blog de Célimène. Vous savez ce qu'elle fait Célimène ? Elle fabrique elle-même ses propres émulsifiants maison ! Vous auriez résisté, vous, à l'appel du challenge ? Je n'ai pas pu pour ma part. Surtout que les explications données par Célimène sont très claires, alors comment ne pas essayer à son tour ?

Voici ce que j'ai retenu : la plupart des émulsifiants utilisés en cosmétique maison sont des esters d'acides gras. On reconnait ces émulsifiants issus d'estérification grâce à la terminaison -ate dans leur appellation INCI (sauf s'il y a écrit "sodium" devant, auquel cas ils sont issus d'une saponification).

Késako un ester ?

Je peux vous dire que si mes profs de sciences du collège ou du lycée me lisaient, ils seraient bien surpris, moi qui n'ait jamais accroché sur ces matières (bac littéraire)... Bref... Un ester d'acide gras, c'est la réaction inverse de la saponification.

On peut réaliser ces esters chez soi, en pratiquant l'estérification de Fischer ; on fait réagir les acides gras (huiles, beurres, ou encore acide stéarique, qui est un acide gras, etc...) avec de l'alcool, ou un réactif qui a une fonction alcool (alcool à 90°, glycérine, alcool cétylique, alcool cétéarylique, sorbitan, xylitol, etc...). Pour faire réagir ces deux composants, il s'agit de faire chauffer le ou les acides gras choisis, avec le double d'alcool (ou glycérine, etc) en ajoutant quelque chose d'acide pour favoriser la réaction (vinaigre, solution d'acide citrique, acide lactique, etc.). On fait chauffer ce petit mélange suffisamment longtemps pour être sûr que la réaction soit bien complète, puis on récupère l'émulsifiant ainsi obtenu. Si on a utilisé des acides gras liquides, la récupération peut être plus ardue, si on a utilisé un acide gras solide, il suffit d'attendre que l'émulsifiant durcisse pour le séparer de l'eau, qui a été normalement créée avec la réaction (tout comme la glycérine est créée avec la réaction de la saponification).

Bon, je ne suis pas sûre d'être aussi bon professeur que Célimène... Je vous encourage vraiment à aller lire ses essais et ses explications !

Pour ma part, j'ai également fait plusieurs essais. Et comme ça serait trop simple de commencer par une estérification simple, j'ai fait une trans-estérification pour commencer : c'est à dire que j'ai créé un premier émulsifiant par estérification, que j'ai re - fait réagir par une nouvelle estérification avec autre chose. Pourquoi ? Parce que je voulais à la fois un émulsifiant hydratant (j'ai utilisé la glycérine comme réactif), et qui permette d'obtenir des crèmes épaisses (deuxième estérification avec de l'alcool cétylique). J'ai choisi comme acides gras ceux de l'huile de coco, une huile solide, pour faciliter la récupération de mon émulsifiant.

Voici donc comment je m'y suis prise :

glycéril cetyl cocoate

Ingrédients :

25g huile de coco
50g de glycérine
4 grosses cuillères à soupe de vinaigre blanc

Faire fondre l'ensemble de ces ingrédients, et maintenir dans un bain marie bouillant pendant au moins deux heures. Remuer régulièrement. Puis sortir du bain marie, laisser l'émulsifiant refroidir et durcir. Le récupérer et jeter l'eau vinaigrée.

Puis remettre ce disque au bain marie avec :
30g alcool cétylique
4 grosses cuillères à soupe de vinaigre blanc.

Idem qu'au départ, faire fondre et chauffer dans un bain marie bouillant pendant 2 heures en remuant régulièrement. Puis sortir du bain marie, laisser refroidir et durcir, récupérer le disque d'émulsifiant et jeter l'eau vinaigrée (ou on peut chauffer jusqu'à ce que toute l'eau soit évaporée, l'eau étant un élément qui inverse la réaction, moins on en a, mieux c'est !)

Rincer le disque, et laisser sécher.

On obtient ainsi un glyceryl (alcool de réaction de la première estérification : glycérine), cétyl (alcool de réaction de la deuxième estérification : alcool cétylique) cocoate (acide gras estérifié : huile de coco)...

J'ai dû laisser sécher mon émulsifiant un bon moment avant qu'il perde l'odeur du vinaigre... Je dirais bien 1 mois ! J'ai fait quelques essais avec mon nouvel émulsifiant (évidemment !). Et je dois avoir loupé quelque chose, car seul, il ne fonctionne pas réellement... Je dirais qu'il est plutôt fait pour les émulsions huile dans eau (les émulsions eau dans huile ne prennent pas du tout), mais les essais que j'ai faits avec ce seul émulsifiant finissent toujours par déphaser à plus ou moins long terme... En revanche, associé à un autre émulsifiant (même si ce derner est très peu présent) et avec un peu de xanthane pour stabiliser l'émulsion, il donne des textures brillantes, fermes, très agréables, et... Durables !

Très bientôt, une recette avec cet émulsifiant maison.

Et vous vous en doutez, je n'en suis pas restée là... Donc très bientôt également, d'autres recettes d'émulsifiants maison (dont un "gélimaison", substitut au gélisucre, qui est jusqu'à présent l'émulsifiant maison dont je suis la plus satisfaite).