Le mois d'octobre annonçait le retour de l'automne, aussi j'ai proposé à mes collègues, pour leur atelier cosmétique mensuel, de fabriquer une crème pour le corps. De quoi entrer dans les soins cocooning, mais aussi d'aborder le sujet des émulsions !

Voici donc le petit compte-rendu de cet atelier, ainsi que l'ensemble des informations que je leur ai transmises. Dites, vous trouvez ça intéressant le type d'info que je donne ? J'aimerais bien avoir des retours objectifs, alors n'hésitez pas à me dire si c'est ce que vous souhaiteriez avoir comme renseignements si vous participiez à un atelier ou non... Et en quoi je pourrais m'améliorer !

Tout d'abord, petite immersion pseudo scientifique :

Qu’est-ce qu’une émulsion ? Un émulsifiant ?

Une émulsion est la dispersion de deux éléments d’ordinaire non miscibles (comme l’eau et l’huile) l’un dans l’autre en fines gouttelettes, grâce à un troisième élément, l’émulsifiant. En cuisine, on trouve de nombreuses émulsions : mayonnaise, sauce, etc… En cosmétique, les crèmes et laits sont des émulsions. Il existe également des émulsions dans la nature, comme le lait, ou le film hydrolipidique (mélange de sébum et de sueur) qui protège la peau.

Les émulsifiants font partie de la famille des tensioactifs. Un émulsifiant est amphiphile, c'est-à-dire qu’il comporte un pôle hydrophile (qui présente une affinité avec les phases aqueuses) et un pôle lipophile (qui présente une affinité avec les phases huileuses). C’est lui qui fait la liaison entre la phase aqueuse et la phase huileuse et permet la stabilité de l’émulsion dans le temps.

Mol_cule__mulsifiante_2

Il existe plusieurs types d’émulsion ; les émulsions simples sont les plus faciles à obtenir en cosmétique maison. Il existe deux types d’émulsion simple : eau dans huile (E/H, la phase dispersée est l’eau, la phase dispersante est l’huile) dite émulsion inverse, et huile dans eau (H/E, la phase dispersée est l’huile, la phase dispersante est l’eau), plus courante, dite émulsion directe (celle réalisée le plus souvent en cosmétique maison). C’est l’émulsifiant qui détermine ce sens d’émulsion, et non la quantité d’eau ou d’huile dans la formule.

Sens__mulsion

(oooh comme je maîtrise gimp à fond moi... Hum...)

L’efficacité d’un émulsifiant est déterminée par sa solubilité dans les deux phases. Cette solubilité est caractérisée par sa balance hydrophilie-lipophile (HLB). La phase (aqueuse ou huileuse) dans laquelle l’émulsifiant est le plus soluble détermine la phase dispersante (ou phase continue). Un émulsifiant plus soluble dans l'eau stabilisera une émulsion huile dans eau et inversement. Les valeurs de la HLB s’échelonnent entre 1 et 20 ; plus la HLB est élevée plus l'émulsifiant est hydrophile (1 à 6 émulsifiants hydrophobes, plus de 10 émulsifiants hydrophiles). Lorsque les émulsifiants ont un HLB moyen (entre 7 et 9), c’est la quantité de phase huileuse ou aqueuse qui détermine le sens de l’émulsion.

Pour faire une émulsion plus stable, il est ainsi intéressant de mélanger deux émulsifiants, l’un ayant un haut HLB et l’autre un HLB plus bas (mais toujours dans la fourchette du sens de l’émulsion que l’on souhaite faire : pour une émulsion huile dans eau, rester dans la fourchette 7-20). Le HLB global est alors calculé par la moyenne des deux HLB des émulsifiants utilisés, pondérée des pourcentages utilisés de ces émulsifiants (ex : une émulsion réalisée avec moitié un émulsifiant de HLB 13 et moitié un émulsifiant de HLB 17 donne un HLB moyen de 15). A savoir : chaque huile ou beurre a un HLB optimum (dit critique) pour être émulsifié, c’est pourquoi une même formule avec deux huiles différentes ne donnera pas totalement la même texture.

Une émulsion est stable si les gouttelettes de la phase dispersée sont bien enrobée par le bon émulsifiant et si ces gouttelettes sont maintenues par des agents de texture viscosants (gommes pour faire des gels ou co-émulsifiants type alcool cétylique).

Pour aller plus loin :

http://www2.cndp.fr/archivage/valid/156606/156606-23234-29410/files/156606-23234-29410.pdf
http://biochim-agro.univ-lille1.fr/lipides/co/Cours_C_6_b_1.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tensioactif
http://lafeecolchique.canalblog.com/archives/2010/04/15/17586653.html
Tableau des HLB dressé par Colchique

Pour la peau, pourquoi une émulsion est particulièrement intéressante ?

La peau présente à sa surface un film hydrolipidique naturel, composé d’une phase aqueuse et d’une phase huileuse, qui la protège. Les émulsions, qui comportent également ces deux phases, peuvent renforcer ce film. Elles présentent plus d’affinité avec la peau que de l’huile toute seule ou de l’eau toute seule et donc pénètrent mieux, emmenant avec elles les actifs qui la composent.

Une recette de crème corps (pour 100g) :

64% eau bouillie (64g)
5% glycérine (5g)
6% olivem 1000 (6g)
5% beurre de karité (5g)
14% huile de pépins de raisin (14g)
5% hydrolat de carotte sauvage (5g)
0,6% Naticide (conservateur) (19 gouttes)
0,4% huile essentielle petitgrain bigarade (12 gouttes)

Mode d’emploi :

Stériliser les ustensiles et contenants. Faire bouillir de l’eau pendant 10 minutes pour la purifier.

Faire fondre l’olivem 1000, le beurre de karité et l’huile dans un bêcher au bain marie ou au micro-ondes (attention : au micro-ondes, faire chauffer par tranches de 10 secondes et vérifier si le mélange est fondu, pour ne pas surchauffer les ingrédients). Dans un autre bêcher, peser la quantité nécessaire d’eau bouillie et de glycérine. Enfin à part, peser l’hydrolat.

Verser en filet l’eau et la glycérine dans la phase huileuse fondue, en fouettant bien pour créer l’émulsion. Fouetter jusqu’à ce que la crème s’épaississe et tiédisse. Ajouter alors en filet l’hydrolat en fouettant bien. Une fois la crème complètement refroidie, ajouter le conservateur et l’huile essentielle, car ils craignent la chauffe. Bien mélanger et mettre en pot.

Atelier crème corps(Les crèmes réalisées lors de l'atelier)

Petit zoom sur les ingrédients :

L’olivem 1000 (dénomination INCI : Cetearyl olivate, Sorbitan olivate). Ce sont des acides gras de l’huile d’olive estérifiés par de l’alcool cétearylique et du sorbitan d’origine végétale. C’est un émulsifiant qui donne des textures légères et qui pénètrent rapidement (bonne affinité avec la peau).

La glycérine végétale (dénomination INCI : glycerin). La glycérine végétale est un sous-produit de la réaction de saponification. Les huiles de coco et de palmistes sont celles qui produisent le plus de glycérol lors de la saponification. Elle est humectante et hydratante : elle attire l'eau et permet donc de maintenir la teneur en eau de la peau. Elle est également adoucissante. Elle se dose de 2 à 10% maximum, au-delà elle peut être asséchante. Elle peut également être utilisée comme solvant pour extraire les principes actifs des plantes.

Le beurre de karité (dénomination INCI : Butyrospermum parkii) : issu de la noix d’un fruit d’un arbre (le karité) qui pousse en Afrique de l’ouest. Ses propriétés sont très nombreuses : il protège la peau contre les méfaits du soleil grâce à la présence de karitène, de Vitamine A et des alcools terpéniques qui absorbent une partie des rayons UV et renforcent l'activité des filtres solaires. Il a une action anti-inflammatoire, il apaise et calme les irritations (phytostérols, alpha et beta amyrine). Il facilite la cicatrisation grâce aux alcools terpéniques (lupéol, parkéol) et aux phytostérols qu'il contient. Il hydrate et nourrit la peau en profondeur. Régénérant cutané, il revitalise les tissus et redonne son élasticité à la peau. Riche en acide stéarique, il stabilise les émulsions.

L’huile de pépins de raisin (dénomination INCI : Vitis vinifera (Grape) seed oil). Riche en acide linoléique (oméga 6, acide gras « essentiel », non synthétisé par l’organisme), cette huile est reconstituante (elle participe à la reconstitution des lipides épidermiques et favorise la bonne cohésion des cellules de la peau entre elles). Cette huile est également riche en polyphénols, ce qui lui confère une action antioxydante, qui permet de lutter contre les radicaux libres. L’huile de pépins de raisin est une huile dite sèche, qui pénètre facilement dans la peau. Elle est régulatrice de sébum et est réputée pour être désincrustante.

L’hydrolat de carotte sauvage (dénomination INCI : Daucus carota sativa water). C’est de la graine de la plante qu’est extrait l’hydrolat, par un procédé de distillation par entraînement à la vapeur d’eau (comme pour tous les hydrolats). En interne (à raison d’une cuillère à soupe diluée dans un litre d’eau à boire tout au long de la journée pendant 20 jours aux changements de saison), il est utile en cas de cure détox, car il nettoie et stimule le foie, et débarrasse le corps des toxines. Riche en provitamine A, il aide la peau à lutter contre les radicaux libres. En externe, il est régénérant (favorise le renouvellement des cellules), anti-inflammatoire et tonique.

Le « naticide » (dénomination INCI : fragrance). Conservateur antibactérien et antifongique à large spectre, assure la conservation des préparations cosmétiques contenant une phase aqueuse (eau, hydrolat, miel…). C’est un conservateur naturel.

L’huile essentielle de petitgrain bigarade (dénomination INCI : Citrus aurantium ssp aurantium oil). Ce sont les feuilles fraîches et les petits rameaux qui sont distillés pour obtenir cette huile essentielle. Elle est antispasmodique (facilite la détente des muscles), calmante, sédative, cicatrisante, régénérante tissulaire et tonique cutanée.

creme_corps

L'atelier de novembre, qui s'est déjà déroulé, portait sur la réalisation d'un shampoing solide. Compte-rendu de ce dernier atelier très prochainement !! En attendant, n'hésitez pas à me faire vos remarques sur ces ateliers, et à me dire ce que vous en pensez...